Juriste et titulaire d'un master de spécialisation en Droit International public, Christine Frison vient de rejoindre la communauté scientifique de l'ULiège. Elle apporte avec elle son projet DecoLawBiodiv qui souhaite appuyer la décolonisation du droit international de la biodiversité. Avec sa perspective décoloniale et ses méthodes innovantes, DecoLawBiodiv offre une voie prometteuse pour transformer les conflits en coopération et pour construire un avenir où la conservation de la biodiversité bénéficie à tous les acteurs de manière équitable.
L
es mécanismes d'accès et de partage des avantages (APA) - où l'accès aux ressources génétiques (généralement dans les pays en développement) est négocié contre des avantages utilisés pour des actions de conservation - ont été créés pour atténuer les inégalités profondes entre les pays et les acteurs de la biodiversité. Ces inégalités trouvent leur origine dans l'histoire coloniale de la collecte et de l'utilisation des ressources génétiques (pensez aux jardins botaniques européens regorgeant de plantes exotiques par exemple). Toutefois, ces inégalités sont actuellement exacerbées par des innovations technologiques telles que l'information de séquençage numérique (DSI - Digital Sequence Information), qui modifient la nature de la recherche et du développement dans le domaine biologique. Les DSI ravivent la lutte pour l'accès aux ressources génétiques entre le Nord et le Sud de la planète. Il est donc urgent d'analyser les enjeux en écoutant tous les acteurs impliqués dans la conservation de la biodiversité et l'innovation en matière de DSI.
En réponse aux défis posés par les DSI, le projet DecoLawBiodiv porté par Christine Frison professeure de recherches à la Faculté de Droit, de Science Politique et de Criminologie de l'Université de Liège, propose une nouvelle approche pour explorer comment une lecture décoloniale du droit de la biodiversité peut contribuer à atteindre les objectifs internationaux des traités sur la conservation de la biodiversité, son utilisation durable et un APA juste et équitable à ces ressources.
DecoLawBiodiv souhaite s'attaquer aux racines du clivage Nord/Sud en matière d'APA en mettant en place des actions telles que :
- Rendre compte des interactions entre les acteurs, y compris les jeux de pouvoir dans les arènes de négociation : Cette étape impliquera une analyse approfondie des dynamiques de pouvoir et des relations entre les différentes parties prenantes dans les négociations APA.
- Mettre en évidence la compréhension qu'ont les multiples groupes d'acteurs des concepts, droits et obligations clés en matière d'APA : En clarifiant les perceptions et les attentes des divers acteurs, DecoLawBiodiv vise à créer un terrain commun pour des discussions plus fructueuses.
- Examiner les processus de négociation à l'aide d'une lentille décoloniale : En appliquant une perspective décoloniale, l'initiative cherchera à révéler et à contester les préjugés et les structures de pouvoir hérités du passé colonial.
Du point de vue théorique, le projet DecoLawBiodiv est innovant car il utilise une grille de lecture décoloniale pour étudier l’impact des DSI sur le fonctionnement juridique et institutionnel relatif à la biodiversité ainsi que sur la mise en œuvre des obligations internationales en matière d’APA. Cette perspective permet d'analyser, d’un point de vue holistique, comment les nouvelles technologies influencent les cadres existants et comment ces cadres peuvent être adaptés pour mieux servir les objectifs de justice et d'équité en matière de conservation de la biodiversité.
L'originalité méthodologique du projet réside dans la mobilisation de différentes méthodes interdisciplinaires de recherches, dont le « cercle de dialogue des sagesses » qui est une méthode de recherche décoloniale émanant de communautés autochtones en Colombie. Le cercle de dialogue des sagesses sera expérimenté avec des acteurs partenaires (communautés paysannes locales, ONG, société civile, groupe de chercheurs, etc.) dans trois pays anciennement colonisés (Bolivie, Inde, Afrique du Sud). "C’est une approche qui vise à transformer le conflit APA/DSI en une compréhension et un soutien mutuels entre les acteurs et à conduire à une co-création décolonisée de connaissances pour un régime juridique international efficace de conservation de la biodiversité, » conclut Christine Frison.
Grâce à l'arrivée de Christine Frison et de ce projet de recherche ambitieux, c'est un pan d'études inexploré qui s'ouvre à l'Université de Liège et qui va permettre la mise en place d'un nouveau centre de recherches : EcoLAWgy
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Christine FRISON
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